*La dernière goutte d’eau (Philosophie de la mort)
C’est là que je vis. Entre les murs aux peintures écaillées, les pilules bleues ou roses, la folie. Le monde ne veut pas de moi, ou peut être que c’est moi qui n’ai pas voulu d’elle. Je pleure. Que font ces goutes d’eau sur mon visage? Que disent-elles?
Ici pourtant, tout est calme, doux, froid aussi. Je croise d’autres visages dans les couloirs. Ils sont vides. Moi aussi, je suis vide. La vie m’a quitté depuis longtemps.
Parfois, je me retourne et j’aperçois ce que j’ai perdu. Peut être, si j’avais réussi à sourire…. Mais l’eau coule de mes yeux rougis. Je ne vois plus très bien. Il n’y a rien à voir.
Personne ne me rend visite ici. Je suis “oubliée”, anonyme. J’ai un numéro et puis un pyjama bleu. Je suis comme tous les autres. Mais j’ai une amie. Une petite voix qui se cache au fond de moi pour que personne ne me la prenne.
Elle sait. Elle me dit que mes yeux verseront bientôt la dernière goutte d’eau.
Elle me dit de vomir la nourriture qu’on me force à ingurgiter. Elle m’a expliqué comment m’y prendre. Je me sens vide, je me sens bien quelques minutes avant que ces larmes ne me souillent encore et encore.
C’est pas comme on croit. Elles ne lavent rien ces larmes. Elles ont le gout du sel et de la maladie. Je ne sais pas comment ils appellent ma maladie. Quelle importance?
Mon amie m’aide à cacher les comprimés. Un peu chaque jour pour que personne ne se doute de rien. Il faut attendre d’en avoir beaucoup. Et puis j’ai volé un couteau aussi. Je laverai mon corps de toute les saletés qu’il couve.
Je déambule dans ce couloir sale. C’est plus facile maintenant. Je sais que c’est bientôt fini. Mon corps se vide. C’est la dernière goute d’eau.
(Anonyme)